JULIEN GAGNON : MON HISTOIRE

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Mon enfance (partie 1) 30 novembre 2019

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Quoi dire de mon enfance? Ma famille a fait beaucoup d’efforts pour nous, moi et mon frère plus vieux de quelques années à qui je ressemblais comme deux gouttes d’eau. En gros, je me considère chanceux, très chanceux même. Je viens d’un milieu relativement modeste. Mes parents ne sont pas des gens qui ont été à l’université, mais ils se sont très bien débrouillés dans la vie.

Mon père était électricien, ma mère était fonctionnaire. Deux personnes qui ont misé beaucoup sur la famille et les valeurs fondamentales pour protéger le noyau familial. Ils nous ont construit une sécurité en travaillant énormément. Je me rappelle que mon père faisait des heures supplémentaires. Ma mère les petits à-côtés, l’organisation de la famille était très bien rodée. Je me souviens surtout que ma famille aimait beaucoup le plein air.

Mon père était un amateur de chasses et pêches.  Sa famille historiquement, les Gagnons, sont des gens du bois. Du côté de ma mère, c’est des fermiers. Donc, deux familles très connectées avec la nature. Beaucoup de mes souvenirs c’est dans le bois, la ferme, la chasse ou la pêche et tout ce qui les entourent. De l’acte à la préparation.  Mais il y avait aussi d’autres raisons d’y aller, il y avait aussi le ‘’après’’. L’eau, les lacs, le camping, il y avait toujours des campings familials.

Du côté de ma mère, chez ma tante Pauline, c’était la ferme laitière classique. Les chats, les veaux, le poulailler. J’ai passé plusieurs étés là-bas pour les vacances. Trois semaines à m’amuser, avec un grand champ et une piscine. C’est à cet endroit, vers 8 ans, qu’en fouillant dans la bibliothèque au sous-sol de chez cette tante que j’ai trouvé mon premier livre de yoga. Un livre pour enfants des années 70 dont ma tante ignorait même l’existence……………

Mon enfance (partie 2) 7 décembre 2019

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…………Je lui ai demandé si je pouvais le garder et elle me le donna avec plaisir. Quand j’ai trouvé ce livre, j’étais si curieux de celui-ci que je commençai à le lire et en faire toutes les postures en suivant les petites images, seul le soir dans ma chambre. Une pratique qui dura environ 8 ans, jusqu’à mes 15-16 ans, âge à laquelle je faisais du yoga le soir après la natation, mes activités sportives et après mes cours de sauvetage.  Le soir, je faisais du yoga, tous les jours, chez moi, avec ce livre. Ma crise d’adolescence ayant mis fin à cette pratique, je la retrouverai par hasard quelques années plus tard.

J’ai été élevé dans la nature. Mais j’ai aussi eu la chance de ne pas être que dans la nature. Ma famille était des gens de la ville. Je me souviens que, très jeunes, mes parents nous inscrivaient toujours en activités sportives. Natation, hockey, gym, baseball, chaque session nous devions faire quelque chose. De cela, malgré ma curiosité pour plein de choses, ce qui m’inspirait c’était la natation et la gymnastique. C’est ce que j’ai retenu le plus. Mais mon rêve ultime était de devenir danseur ! Même très jeune, mon père pendant les fêtes de famille m’envoyait faire danser mes tantes et mes oncles et j’adorais ça. J’étais le petit qui partais les partys de danse.

J’ai de bons souvenirs de mon école primaire. J’étais un petit enfant surdoué en mathématique et un petit dyslexique en français. Toujours un petit cas spécial. L’école ne comprenait pas comment je pouvais, aux finaux du primaire en sixième, 100 % en mathématique et 60 % en français. J’eu 80 de moyenne et fut dans le groupe fort au secondaire, mais le seul du groupe à se faire extraire pour aller voir une orthopédagogue. Malgré tout, mon primaire fût été assez heureux. La seule anicroche, mon changement d’école entre la 5e et 6e année. J’y ai perdu plusieurs amis, mais c’est ou j’y ai rencontré Jean-Sébastien, mon meilleur ami. Pour résumer, une enfance très active.

J’ai aussi fait les scouts. Les louveteaux, les éclaireurs, au début de l’adolescence. Vers 12 ans…………

Mon adolescence (partie 3) 14 décembre 2019

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À 12 ans pour moi c’est le début des louveteaux, des éclaireurs. Une adolescence relativement heureuse avec une continuité dans les sports. Mais aussi, en même temps, en parallèle, l’arrivée au secondaire. C’était assez étrange, car j’étais dans un groupe avancé. J’ai toujours trouvé l’école relativement facile en excluant le français. On m’avait mis au centre d’aide pour cette raison. Mais par une équation que je ne m’explique toujours pas bien maintenant, j’ai aussi été classé parmi les jeunes aptes au décrochage, malgré mes résultats académiques impeccables partout ailleurs qu’en français. J’ai donc eu droit aux réunions de délinquants, aux intervenants. J’étais presque insulté d’avoir été mis dans le même panier que les autres simplement à cause de mon français défectueux.

J’ai toujours été social, ça m’a bien protégé, mais les difficultés avec mon orientation sexuelle commençaient. Comme pour plusieurs autres gays de ma génération, cela n’a pas été facile et ce n’était pas toujours plaisant. J’ai vécu, à cette époque, mon premier amour. Celui qui m’a fait réaliser qu’une relation long terme avec un autre garçon pourrais être possible, dans ma tête. Mais ce n’était pas réciproque et j’ai appris à la dure que les autres homosexuels ne veulent souvent que le plaisir charnel et rien d’autre.

C’est à ce moment que j’ai commencé à me révolter envers ce monde où l’on vit. À réaliser, comme beaucoup à cet âge, que la vie n’était pas parfaite. J’étais frustré contre le monde. Parce qu’il m’apparaissait très noir, très inégal. C’était aussi la découverte de toutes les injustices qui nous entourent. J’avais l’impression d’être le seul à réellement voir ce qui se passait. À cause de cela, je me trouvais dysfonctionnel. C’est à ce moment que j’ai commencé à expérimenter les drogues. Acide, pot, hasch…..  Je testais mes limites…….

Mon adolescence (partie 4) 21 décembre 2019

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Il y a eu du bon aussi. Un beau moment de mon adolescence était ma première rave. C’était l’époque du début des raves party, super populaire dans ce temps-là. Je me souviens avoir fait mon premier à 15 ans pour 5 $. Nous avions avec nous des arrow-roots, des petits biscuits secs pour bébés, des fruits et des graines de cafés pour survivre toute la nuit, haha. C’était le temps bien avant que la petite pilule de méthamphétamine et d’ecstasy ne prenne toute la place. C’était un party ou tout était beau, tout était possible. C’était la liberté finalement. Pas de drogues dures, pas de mode, on se déguisait presque. Non, on s’inventait. Je dois sincèrement remercier mes amis, surtout mes amies filles, qui m’ont protégé et qui m’ont offert un cercle d’amie incroyable.

J’ai terminé le secondaire, commencé le cégep et rencontré mon premier copain, à 18 ans. Mon premier essai d’une relation. C’est à travers lui que mes parents ont su que j’étais gay. Après une année passée au cégep, j’ai décidé de partir, avec lui, pour une année d’étude/travail ou j’arrêtais l’école pour un an sous la promesse que je revenais après terminer mes études. Nous sommes allés à Londres travailler pour un an. À la fin de cette année, nous avons fait un voyage d’un mois et demi en Thaïlande. Le voyage ultime de sac à dos digne d’un film hollywoodien. Mon adolescence prit fin brusquement à mon retour.

Après être revenu ici, m’être installé et avec un nouvel emploi depuis à peine plus d’un mois, un drame survient…..

Période noire (partie 5) 11 janvier 2020

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Donc je revenais d’un très beau voyage, avec un peu plus d’espoir en la vie. J’ai vécu de belles choses, je suis déterminé à terminer mon cégep. J’ai un travail et bang, tout juste un peu plus d’un mois après mon retour. Accident de chasse, désastre, mon père se retrouve quadriplégique en tombant d’une cache.

Je me souviens très bien quand il est revenu à la maison de l’hôpital, je suis allé voir mes parents et je leur ai demandé ce que je devais faire. Est-ce que je devrais arrêter de travailler? Rester à la maison pour m’occuper de mon père? J’étais prêt à lui dévouer ma vie, me disant qu’il aurait besoin d’aide, maintenant qu’il était handicapé. Je pensais que rester à la maison était la bonne solution et peut-être continuer mes études à temps partiel. Mais mes parents m’ont clairement fait comprendre qu’il n’en était pas question. Ma mère c’était : absolument pas, tu ne nous donneras pas ta vie. Et mon père lui : Tu dois partir, suivre tes rêves, va suivre ta passion. Toute cette situation m’a complètement désillusionné. J’ai vécu une période assez noire après ça.

Ce fut un moment quand même assez existentiel pour moi pour 2 raisons. La première étant la circonstance de l’accident de mon père, qui alluma en moi la pensée végane qui m’est si chère maintenant. La deuxième était que j’allais partir vivre mon rêve de danser, alors que mon père ne pourrait plus marcher. Je suis parti…

Période noire (partie 6) 18 janvier 2020

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Parti vers Montréal avec l’intention d’aller m’inscrire à des cours, pour aller danser. J’ai écouté mon père. J’étais persuadé que c’était à Montréal que ça se passerait. Finalement, je n’ai pas dansé tout de suite. Pendant plus d’un an, je me suis perdu. J’ai exploré plus profondément encore le monde de la nuit, de la drogue, des clubs et du sexe. J’ai été assez loin dans mes limites.

Pas toutes des choses dont je suis fier, mais je les assume et j’ai beaucoup appris. Une période folle, pas entièrement sombre jusque-là. Je vivais intensément ma désillusion face à la vie à cause de l’accident de mon père. Puis, cette partie de ma vie s’est conclue par le suicide de 2 de mes très bons amis. Un coup après l’autre, après l’autre. Je me suis retrouvé dans le noir complet.

Peu de temps après, dans un club, un garçon que j’y avais rencontré fit une pirouette et me ramena à la réalité de ma venue à Montréal, au départ.

Danser. Pas pour me droguer, pas pour le sexe, pour la danse. Même si le yoga a été présent presque toute ma vie, c’est la danse qui donna une direction à celle-ci quand j’en ai eu le plus besoin. Du jour au lendemain, je changeais mon alimentation, je me remettais en forme et je m’inscrivais au conservatoire de danse. Il y eu un passage assez étrange de l’un vers à l’autre. Un mélange de nuit et de jour plein de détermination. J’étais toujours barman, mais j’allais méditer, et au conservatoire de danse…..

La danse (partie 7) 25 janvier 2020

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……Ce danseur et cette pirouette ont changé ma vie. J’étais venu à Montréal pour danser, car qu’en Outaouais, la seule expérience que j’y ai vécue fut décevante et danser là- bas, pour un gars, c’était l’association d’être gai direct. Je ne voulais pas cela. Donc maintenant à Montréal et avec une nouvelle détermination, je me remis à la recherche d’une école prête à m’accepter. C’est alors qu’une connaissance me parla du conservatoire.

En y rencontrant le directeur, j’y appris que cette toute nouvelle école acceptait des gens plus vieux parce qu’il voulait que le balai soit ouvert à un plus grand nombre. Le fondateur, Mr Seillier avait une vision vraiment plus large. Par hasard, à cette époque, le directeur de l’école supérieure de ballet du Québec avait chassé tous les ostéopathes, physiothérapeutes et avait apporter une atmosphère très néfaste au monde de la danse. Un moment noir ou la mentalité ouverte et inclusive de Mr Seillier et celle dure, traditionnelle et qui menait souvent aux blessures de l’autre. L’aboutissement fut le renvoi de M. Seillier qui avec son fils fonda le conservatoire sur les mêmes principes qui m’auront permis une chance dans le domaine de la danse.

C’était pour moi, le début de la danse. Cela enclencha une transformation chez moi. Je me remis en forme, j’ai changé mon alimentation, j’étais sérieux, déterminé. C’était fascinant pour moi de pouvoir entrer dans une toute nouvelle école, et être entrainé par le meilleur maitre de ballet, celui même qui a formé tous les plus grands danseurs du Canada. Je n’allais pas laisser passer cette chance ! Je travaillais très dur, et écoutais tout conseil provenant de mes enseignants. C’est alors que, dès le début de mon entrainement, que le mot yoga est revenu …

Le yoga pour la danse (partie 8) 1er février 2020

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Quand je suis arrivé au conservatoire de danse, mon objectif était évidemment de faire le programme professionnel. Vu mon âge, et mon manque d’expérience, je me suis vite rendu compte que je n’avais pas du tout le niveau. C’est à ce moment qu’une de mes enseignantes m’a approché. J’avais une grande estime pour elle et elle me dit : Peut-être le yoga saurait t’aider.

J’ai allumé, je me suis dit : Bien oui ! Wow qu’elle bonne idée !! Cela me remis les idées en place et la partie yoga de ma vie, les souvenirs me sont revenus. J’ai commencé à étudier le yoga intensément avec elle, entres autres. Je me suis lancé dans le yoga de façon très intense. J’en faisais le matin et le soir après mon entrainement de ballet. Je faisais parfois de 2 à 4 heures de yoga par jour en plus de mes 4 à 6 heures de ballet. Parfois j’y ajoutais même du ballet jazz et du moderne. C’étais fou. Je m’étais créer un système. Il était de me dire : Bon, le ballet et la danse sont complexe, je dois simplifier.

Quand un élément n’allait pas comme je le voulais, par exemple mes bras, j’allais explorer ce qu’il en était en yoga. Avec le yoga, j’explorais et simplifiais le mouvement demandé. C’est de cette façon que j’ai pu faire mon rattrapage……

Le conservatoire (partie 9) 7 février 2020

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Grâce à ce rattrapage avec le yoga, j’ai pu continuer le programme professionnel du conservatoire de ballet avec des professeurs de haut calibre. J’ai travaillé avec Suzanne Plante qui m’a formé avec la technique italienne (Cecchetti). Une technique longtemps utilisée par l’École nationale de ballet du Canada avant la création de leur propre programme. C’est une technique rigoureuse et très élaborée que j’ai suivie jusqu’au niveau avancé.

Aussi, j’ai eu la chance d’apprendre la technique française avec M. Daniel Sellier et son fils Alexandre, directeur du programme. Daniel Seillier était un grand maître de ballet. Il n’y a pas une journée où je ne pense pas à ses enseignements et ce qu’il a su éclairer en moi. C’est lui qui me faisait bâiller, me tendre et rugir comme un lion en début de cours. C’est lui aussi qui m’a encouragé vers la méditation.

Nous étions aussi formés en Jazz et en moderne ainsi que plusieurs autres techniques complémentaires. Habituellement, l’on demande à un danseur environ 6 heures d’exercice et de pratique de danse par jour. Moi, grand passionné voulant se rattraper et se prouver à tout prix, j’y ai régulièrement mis beaucoup plus, tout en travaillant pour payer mes études. C’était fascinant qu’a 20 ans, sans autres expériences passées en danse, j’ai pu avoir l’occasion d’étudier avec de super profs, pendant 4 ans, au Conservatoire de danse de Montréal ce qui m’a amené à finalement être accepté à l’École nationale du ballet du Canada à 25 ans. C’est aussi à cette époque que j’ai fait des stages d’été intensif avec les Ballets Jazz de Montréal 2 années de suite, ayant reçu une bourse la première année pour pouvoir y retourner la deuxième. J’y ai rencontré un ami qui allait partager mes expériences pour les 14 prochaines années…

Inscription au ballet National (partie 10) 14 février 2020

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………Comment ça se passe pour l’audition au Ballet National du Canada?
Pour la première partie, on fait une audition ici à Montréal. Donc, eux sont en tourné. C’est très stressant. Il y a une audition toute une journée où on fait un exercice et ensuite un deuxième. Pendant le début de la classe, nous sommes à peu près 50 ou 60 et ensuite, après les exercices, il ne reste qu’à peu près 20 personnes. Ensuite viennent les exercices à la barre où encore d’autres gens partent. Évidemment, le but est de rester jusqu’à la fin du cours. Une énorme pression.

Pour la deuxième étape, les professeurs te demandent de prendre certaines postures, dont le papillon ou se mettre à plat ventre, les jambes ouvertes, pour prendre des mesures de notre corps. C’est des mesures, un peu approximatives prisent par les professeurs de ballet. Ensuite, ils prennent ton nom et te disent : « tu vas avoir des nouvelles d’ici quelques semaines. ».

Deux semaine plus tard, je reçois une lettre. – « ah! je suis accepté au programme d’été. » Donc là, c’est la troisième étape, tu t’en vas au programme d’été pendant , six semaines pour y faire un stage avec eux, une audition plus élaborée. Ces 6 semaines là, tu es très stressé et tu dois démontrer une évolution dans ton travail. Ton professeur principal est celui qui donne le ok ou non avec tout une équipe qui t’évaluent. J’ai aussi réussi cette étape parmi d’autres danseurs provenant de partout dans le monde. Des allemands, des chinois, des japonais. À la fin du stage nous n’étions que 14.

La quatrième étape, est un examen général du médecin. La cinquième et dernière étape, tu dois passer des mesures qui sont prises par des physios. Une étape traumatizante. Il faut avoir les mesures qui entrent dans leur cadre au niveau de l’arche de pied, au niveau de la rotation externe des hanches, etc. C’est vraiment fascinant. Puis finalement, après avoir passé toutes ces étapes, j’ai été accepté au ballet national à 25 ans. Ça a fait l’histoire. La directrice m’a dit quand j’ai été accepté: « Do you realize, Julian, that you’re the oldest person who’ve ever gotten accepted in the national ballet school? And with a scholarship? ».